Si, pour tromper mon mal, je murmurais aux bêtes
L'inconsolable chant de mes douleurs secrètes,
Les bêtes se seraient plus douces, et leurs yeux
Me luiraient d'un éclair de tendresse anxieux ;
Si je disais aux bois, si je disais aux brises
Le vertige immortel où les âmes sont prises,
Les brises se tairaient frémissantes ; les bois
Pour bercer ma langueur trouveraient une voix ;
Les flots, si quelque soir les flots pouvaient m'entendre,
Feraient plus tendre encor leur caresse si tendre ;
Si je venais vers eux, les roses et les lis
Ouvriraient sur mes pas leurs calices pâlis,
Et la pitié ferait, au son de mes prières,
Trembler comme un soupir au cœur même des pierres…
Mais mon cri le plus vrai, mais mon chant le plus doux,
O Chère, monte en vain, puisqu'il monte vers Vous !…