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1891

LE BOUCLIER

Gabriel TRARIEUX

De mon Amour pour toi j'ai fait un bouclier. Pieux, j'ai ciselé mes Rêves dans l'ivoire, Pour que ton Cœur jamais ne me puisse oublier. Ces formes te diront ma tendresse, et ta gloire.

Ici, mes Souvenirs, de manteaux blancs vêtus, Vieillards aux reins voûtés, se content leur histoire. Là, ces Vierges que ceint l'acanthe et le lotus Et qui vont à l'Autel déposer leurs offrandes,

Ces Vierges aux beaux pieds, chère, sont tes Vertus. Le col droit, les seins hauts, merveilleuses et grandes, Elles vont, deux par deux, et, d'un geste pareil, Portent le Vase empli de lait doux et d'amandes.

Plus loin, perçant de traits aigus mon cœur vermeil, C'est ton Caprice, avec ta blonde Fantaisie, Insoucieux enfants, qui jouent au clair soleil. Ayant brisé son vain poignard, ma Jalousie

Courbe, l'éclair aux yeux, l'orgueil d'un front dompté. Farouche, elle reçoit la coupe d'ambroisie Que, dédaigneusement, lui tend la Volupté ; Tandis qu'avec terreur, mes Désirs, tes esclaves,

De leurs bras enchaînés implorent ta Beauté. ‒ Tels, j'ai voulu sculpter nos Amours fiers et graves. Mais il manque à mon Œuvre une figure encor : Si tu la veux complète, il faudra que tu graves

Au Cœur du Bouclier une tête de Mort !

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