Lorsque, la face roide et les paupières closes, Reprenant l'attitude immobile des choses Après l'anxiété des jours et du combat, Calme, sous le ciel clair, le premier Mort tomba,
Son compagnon naïf sentit, en son cœur rude, Devant ce lourd sommeil, comme une inquiétude. Longtemps, du Mort tranquille il guetta le réveil… Mais les ombres du Soir passaient, et le soleil,
Sans rendre le regard aux prunelles éteintes. Et, mordu par la Peur aux terribles étreintes, Mais obstiné toujours dans l'espoir de son vœu, L'Homme tendit ses bras au ciel, et pria Dieu.
Il dit : « Toi qui le fais rigide et triste, ô Maître, « Rends au Corps effrayant sa vigueur et son être ! « Rends la voix et le rire aux lèvres que j'aimais !… « Car je suis seul, et plein d'angoisse, désormais ! »
Et la plainte monta, monta désespérée, Du premier suppliant vers la Force ignorée… Mais, dans l'Immensité, nul ne lui répondit. Et l'Homme alors cria : « Je te hais, Dieu maudit ! »
Tel, après la Prière, éclata le Blasphème. Hélas ! le cœur de l'Homme est demeuré le même ! Et, depuis si longtemps qu'il souffre et pleure, il faut Qu'il jette encor ses cris enfantins au Très-Haut !
En vain, au Pays vague où son Rêve s'élance, Il n'a trouvé jamais que l'éternel silence ; En vain, son cil, stupide, un jour a regardé Les ramures de l'Être en l'abîme insondé,
Et, dans ce gouffre d'ombre où lui-même évolue, Partout a vu la Loi, sainte, fixe, absolue… Il s'étonne toujours qu'un signe de sa main N'arrête pas le Monde effroyable en chemin !
En face de l'Énormité, de nuit baignée, Sa petitesse hurle et s'insurge, indignée, Mesure au Tout-Puissant ses adorations, Et, pour se prosterner, fait ses conditions !…
O Misère ! Ironie ! O deuil de la Pensée ! Quand donc mourra la Plainte odieuse, insensée ? Quand donc en nous luira l'âpre sérénité De l'Univers auguste et splendide accepté ?
Devant le flamboîment radieux du Mystère Quand l'homme saura-t-il l'extase de : « Se taire », Et que les cris sont vains, les pleurs vains, les vœux fous, Et la prière impie ?… Ah ! taisons, taisons-nous !
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