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1891

L'IDOLE

Gabriel TRARIEUX

Dans un boudoir magique, aux rideaux de velours, Aux vases éclatants pleins de fleurs étrangères, A l'ombre d'un palmier rigide et de fougères, Dans une serre chaude étrange, aux parfums lourds,

Entre tes deux seins blancs, Idole hiératique, Loin du monde, loin des sanglots, loin du soleil, J'ai rêvé de dormir pour toujours, d'un sommeil Tranquille, fait d'oublis et de rêve extatique.

En un geste endormeur tu poserais tes mains, Tes mains moites, tes mains bienfaisantes et fières, Tu poserais tes mains sans bruit sur mes paupières D'où fuirait le souci des cuisants lendemains.

Comme Hamlet, muet, aux genoux d'Ophélie Venait poser son front maladif et lassé Pour bannir la hantise horrible du Passé Et le spectre sanglant de sa pâle Folie,

Je veux cacher ma tête entre tes deux seins blancs, Redevenir l'Enfant sans voix aux bras des mères, Je veux que, bonne à mes si navrantes chimères, Tu chantes à mi-voix des Cantiques tremblants,

Droite sur ton fauteuil de Princesse, parée De perles, de rubis, d'opale et de saphirs, Pour que je cesse enfin d'entendre les soupirs, Les obsédants soupirs de la Vie effarée !…

Oh ! dormir sur ton corps d'Idole, chaste et beau ! Bienheureux sont les Morts étendus sous la mousse, Mais combien plus heureux, sur ta chair blanche et douce, Ceux à qui tu permets tes deux Seins pour tombeau !

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