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1891

JUIN

Gabriel TRARIEUX

Les soirs de Juin, le ciel, qu'un jour bleuâtre irise, Semble un grand dais de soie aux tons clairs, mais très vieux, Et l'Âme des chers Morts passe et chante en la brise, Des chers Morts, dont la forme était douce à nos yeux.

La campagne, muette, immense et sombre, embaume ; Les grands arbres pensifs sont noirs sur l'horizon ; Dans la brise de Juin flotte un grisant arôme… Oh ! la rose lueur de la vieille maison !

Oh ! l'humble silhouette au seuil gris des chaumières, Évoquant, si lassée en son recueillement, Tout un passé pesant de peines coutumières, De labeur, monotone et triste, mais aimant !…

Sur les étangs pâlis s'endorment les fleurs closes, Des arabesques d'or courent au ciel moins bleu, Et, vaguement troublé par cette paix des choses Où l'on sent respirer l'âme vague d'un Dieu,

On marche… ‒ Les senteurs par les brises émues Font rêver d'une Vierge blonde, emmi des fleurs, Lointaine, rayon blanc sur l'or fauve des nues, ‒ Et d'amour lilial dans un monde sans pleurs…

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JUIN · Gabriel TRARIEUX · Poetry Cove