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1891

HUMILITÉ

Gabriel TRARIEUX

Je ne viens pas vers toi, fier, et cambrant le torse, Comme ces beaux Seigneurs au somptueux pourpoint Pour qui l'oiseau d'Amour est un gibier qu'on force, Le faucon du désir insolent sur le poing.

Mais plutôt, comme un Pauvre au portail d'une Église S'arrête, et craint que ses haillons n'offensent Dieu, Très loin de ta Beauté sur un autel assise Je fais monter vers toi la ferveur de mon vœu ;

Vers toi, la virginale et neigeuse Madone Sur qui s'ouvre le ciel, clair comme un lys géant. Je sais que tu pourrais, toi que l'aube couronne, Me chasser : Quel besoin as-tu de mon néant ?…

Mais je sais bien aussi que je ne pourrais vivre Loin de ta grâce et sans ton dédaigneux accueil : Et c'est pourquoi, transi par la neige ou le givre, Je viens chaque matin mendier à ton seuil…

Oh ! te voir seulement, et t'adorer sans trêve, Muet, et vivre ainsi très longtemps, ‒ et mourir !… Puisque je vis d'un Rêve, oh ! sois douce à mon Rêve : Il t'en coûte si peu de le laisser fleurir !

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