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1891

HANTISE

Gabriel TRARIEUX

Roulant ses houles d'or et de pourpre aux grands cieux Le Soleil, enchanteur de la prunelle obscure, Rend la grâce et la vie au monde soucieux… Je songe à ceux dont l'ombre enténèbre les yeux.

Comme une immense fleur éclate la Nature, Et la douce chaleur, sève errante qui court, Fait chanter les oiseaux et verdir la verdure… ‒ Je songe aux grelotteux qu'a tués la froidure.

Du matin jusqu'au soir, enlacés tout le jour, La puissante langueur de nos nuits nous enlise En un rêve muet, imperturbable et sourd… ‒ Je songe aux cœurs brisés par l'angoisse d'amour.

Sons, parfums, voluptés, couleurs, — tout ce qui grise Irrésistiblement me fait songer aux Morts, Aux Morts tristes sur qui pèse la terre grise… ‒ Et leur regard profond me suit, comme un remords.

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