Roulant ses houles d'or et de pourpre aux grands cieux
Le Soleil, enchanteur de la prunelle obscure,
Rend la grâce et la vie au monde soucieux…
Je songe à ceux dont l'ombre enténèbre les yeux.
Comme une immense fleur éclate la Nature,
Et la douce chaleur, sève errante qui court,
Fait chanter les oiseaux et verdir la verdure…
‒ Je songe aux grelotteux qu'a tués la froidure.
Du matin jusqu'au soir, enlacés tout le jour,
La puissante langueur de nos nuits nous enlise
En un rêve muet, imperturbable et sourd…
‒ Je songe aux cœurs brisés par l'angoisse d'amour.
Sons, parfums, voluptés, couleurs, — tout ce qui grise
Irrésistiblement me fait songer aux Morts,
Aux Morts tristes sur qui pèse la terre grise…
‒ Et leur regard profond me suit, comme un remords.