Un moineau franc aimait une hirondelle.
‒ Je vois d'ici grimacer maint Savant :
Pourtant, Monsieur, mon récit est fidèle,
Et, qui plus est, mon héros est vivant.
C'est mon voisin, mon voisin de gouttière,
Pauvre et crotté, mais fier et sans souci.
Il m'a conté l'histoire tout entière ;
Sans rien farder, je la rapporte ici.
Qui leur avait fait lier connaissance ?
Un coup de vent, quelque ami, le hasard.
Passe l'Amour et les cœurs d'être en danse :
Que voulez-vous ? l’Amour pipa César !
D'ailleurs, la belle était vive et gentille,
Coquette un brin, point farouche en amours…
L'heureux moineau devint chef de famille ;
Cela dura tout le temps des beaux jours.
Bientôt, hélas ! sur la blonde Nature
L'hiver frileux jeta son manteau gris.
Un beau matin, j'appris, — triste aventure, ‒
Que l'hirondelle avait quitté Paris.
Le lendemain, comme il sifflait encore :
« Eh bien ! moineau, tes regrets sont bien courts !
« Des pleurs le soir et des chants à l'aurore ?.. »
Lors, le Moineau m'a tenu ce discours :
« Les chants sont doux et les larmes amères ;
« Il n'est d'heureux que les cœurs inconstants.
« Tu ris, poète : et, pourtant, tes chimères
« Elles aussi n'ont fleuri qu’un Printemps ! »