Pendant la nuit sanglante où, sur le Golgotha,
Pour accomplir l'arrêt qu'Yaveh décréta
Et sauver les pécheurs par l'angoisse d'une âme,
Jésus de Nazareth souffrait la mort infâme,
Dans le muet effroi de la terre et des cieux
Une joie ineffable éclatait en ses yeux…
Mais Marie, à ses pieds, victime d'agonie,
Succombait sans lutter à sa peine infinie,
Actrice inconsciente en ce drame divin ;
Et, lasse des sanglots qui l'épuisaient en vain,
Dans un assolement de révolte sublime
Vers le Justicier qui tolérait le crime,
Comme un sourire errait sur les lèvres du Christ,
Tragique, elle poussa dans l'espace un grand cri…
Telle, à travers les temps, l'orageuse Nature,
Saignant obscurément d'une intime torture,
Ignorante du but où son Dieu la conduit,
Lui gémit sa douleur dans la profonde nuit ;
Mais, tandis que se perd cette plainte insensée,
Le Fils de la Nature en qui vit la pensée,
Le Contemplateur lutte et succombe en vainqueur,
La plaie au flanc, l'aurore au front, l'extase au cœur !