D'un vol silencieux et terrible, à des lieues
Du Monde dans la fange et la honte accroupi,
Très haut dans l'insondable un Ange m'a ravi,
Dans l'abîme insondable et clair des zones bleues.
Et tous les cris, ceux de fureur et ceux d'effroi,
Les cris de tous les deuils exilés sur la Terre
Dans le calme introublé du Zénith solitaire,
Râles de désespoir, ont monté jusqu'à moi.
« Nous avons fait la chasse illusoire des Rêves ;
« Maintenant, la nuit tombe, et nous sommes très las,
« La mort des Voluptés torturantes et brèves
« Tinte en nos cœurs anéantis son triste glas.
« Si toujours l'Espérance est d'angoisse suivie,
« Si l'éternel dégoût sort de l'éternel vœu,
« Pourquoi lutter encor ? Pourquoi vivre la vie,
« Et crisper notre chair aux morsures du feu ?
« Maudit, maudit Celui qui, d'une obscure argile,
« Fit des êtres souffrants d'un vain songe embrasés !
* Néant ! Recours de l'Être impuissant et fragile,
« Engloutis, bon Néant, nos désirs épuisés ! »
L'Archange, ayant repris son essor, d'un coup d'aile
Franchit le Firmament dans son immensité,
Et n'arrêta son vol qu'aux portes de clarté
Du séjour calme où luit la splendeur éternelle.
Là, clameurs et sanglots ne troublaient plus l'éther.
Seule, une voix d'Enfant, cristalline, humble et pure,
Parvenait jusqu'au Roi de l'immense Nature,
Et, naïve, lui bégayait : « Pater Noster… »