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1891

DOLOR

Gabriel TRARIEUX

Droite et grande, en sa pose immobile de Reine, Assise sous un dais de velours sombre et d'or, Suivant des yeux son Rêve au chimérique essor, Muette, se dressait la terrible Sirène.

Une force émanait de sa calme beauté, Faite d'extase émerveillée et de mystère, Où l'immortel dégoût des choses de la Terre Se fondait dans l'éclair d'un désir indompté.

Devant elle, les Fils de l'Homme en troupe blême Passaient, se prosternant à ses pieds blancs et froids. Elle touchait leurs fronts livides de ses doigts, D’un geste fatidique et sûr, toujours le même.

Et presque tous tombaient, l'angoisse dans les os, Morts sous la pâle main de l'impassible Omphale ; Mais ceux qui redressaient leur tête triomphale S'en allaient, ceints du nimbe étoilé des Héros !

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DOLOR · Gabriel TRARIEUX · Poetry Cove