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1891

CRI

Gabriel TRARIEUX

Oh ! l'amertume étrange et poignante me ronge De savoir mon Néant, moi que hante un grand Songe ! En vain, je lutte et prie, et je m'efforce en vain A nourrir dans mon cœur un feu pur et divin :

L'irrésistible flux des honteuses pensées Y remonte toujours, hélas ! sitôt chassées ! Et quand mon vol m'arrache aux lèpres d'ici-bas, Un démon m'y ramène, et dit : « Je ne veux pas ! »

Cet horrible tourment m'étreindra-t-il sans trêve De me sentir petit sous l'œil clair de mon Rêve ? Ah ! je paîrais le jour du plus cher de mon sang, Le jour où je pourrais, d'un bras calme et puissant,

Comme on tue un pourceau, tuer mon infamie, Et, pliant le genou, d'une voix affermie, A mon chaste idéal jeter ce cri de Foi : « O mon Rêve, salut ! — je suis digne de Toi ! »

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