Ce n'est point par le parfum lourd des blondes tresses
Que tu me tiens ainsi captif à tes genoux,
Ni par l'éclair miraculeux de tes yeux doux,
Ni par la royauté de tes mains charmeresses.
Le philtre est bien plus sûr, ô Chère, et bien plus fort
Qui m'abîme à tes pieds par son troublant dictame ;
Je ne puis rien trouver que ces deux mots : ton Âme,
Pour nommer cet attrait souverain qui me mord.
Car la fleur de ta chair, dont la splendeur est mûre,
Mon adoration la verra défleurir ;
Mais un charme est en toi qui ne saurait mourir,
Et mieux que ta beauté te servira d'armure.
C'est lui que je salue, et qu'importe son nom ?
Je sens qu'il doit survivre aux plus âpres ruines,
Et qu'à sa gloire il faut des paroles divines :
C'est pourquoi, de mes vers, j'ai fait un tympanon.
Je sais que je m'épuise à tenter de l'étreindre,
Puisqu'ici-bas les cœurs, invinciblement clos,
Ne se parlent jamais que par vagues échos :
Loi triste, que l'Amour violent veut enfreindre…
Mais, à force d'avoir mêlé mon être au tien,
Un jour nous atteindrons le miracle suprême :
Et la Mort, confondant nos deux cœurs dans le même,
Pour l'Immortalité scellera notre hymen !