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1891

A UNE VIERGE

Gabriel TRARIEUX

O Vierge, un mal subtil et secret te tourmente : Comme en un sachet d'or d'arabesques ouvré Dans l'ombre de ton âme ingénument aimante, Tu caches le lys blanc d’un Désir ignoré.

Naguère aussi mon cœur l'a vue épanouie, La sainte Fleur d'Amour qui l'languit dans le tien. Mais depuis, trop de mains banales l'ont cueillie : Ses corolles n'ont plus leur chaste arôme ancien.

Et nous souffrons tous deux d'une angoisse pareille, Toi, pour tout ignorer, et moi, pour trop savoir, Tous deux rêvant la même adorable merveille : L'Âme Sœur dont toute Âme a l'impossible espoir.

C'est pourquoi je comprends et je plains ton martyre, O Vierge, et cependant je ne peux rien pour toi. Il nous faut endurer notre mal sans rien dire Puisque nos cœurs s'en vont où les mène leur Loi !

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