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1891

A UNE JEUNE FILLE

Gabriel TRARIEUX

Douce Forme de chair, claire, légère et blonde, Qui, pareille au rayon du ciel oriental, Ouvres l'enchantement de tes yeux de cristal Sur la nuit douloureuse et pensive du Monde,

Je ne puis pas t'aimer, pour belle que tu sois. Toute la passion de ma chaste Pensée Pour une autre que toi s'est déjà dépensée, Et la rose d'Amour ne fleurit qu'une fois.

Certes, je goûte encor des délices intimes Au rythme musical de ton être enchanté : Que ferions-nous sous les cieux gris, si la Beauté, Radieuse, parfois, ne descendait des cîmes ?…

Mais je veux t'admirer sans trouble et sans remords, Comme on aime les Cieux, le Printemps et l'Aurore Et, comme on voit s'ouvrir une fleur, voir éclore Le lys miraculeux, rose et blanc, de ton corps…

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