Album enorgueilli de quelque rare plante,
Mon esprit a gardé le souvenir en fleur,
Le souvenir léger d'une fête galante.
C'était, sous un ciel doux, d'indécise couleur,
Réfléchissant ses bords boisés dans l'onde lente,
Une île de gazon sans oiseau querelleur
Et qui faisait rêver de la terre indolente
Où le loto endort le temps et la douleur.
Et je crois voir encore en quittant la belle île
L'occident violet s'élargir devant nous
Et le soleil mourant saigner dans l'eau tranquille.
Silencieuse, avec des fleurs sur les genoux
Et buvant du regard la divine soirée,
Elle frôlait des doigts la rivière empourprée.