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1919

La ballade des Curnonskas

Paul-Jean TOULET

Le temps n'est plus, au sein brillant du jour, Qu'on voyait Zeus courre la bagatelle. Mieux que la nue il aimait pour séjour Le saule où fuit et se fait voir Estelle.

Tel Curnonski — tant qu'Apollon reluit ; Sur aucun lit ne tombe sa bretelle. Fleurs de mystère, et filles de cautèle, Les Curnonskas sont des belles de nuit.

En vain la vierge au mollet svelte et nu Qu'une âpre Miss tient encore en tutelle, Montre et balance, en son port ingénu, Chaussette noire ou volant de dentelle,

L'ombre est trop brève encor : Curnonski fuit. Mais quand Vesper ses noirs coursiers attelle. Tu le verrais au bras de telle ou telle : Les Curnonskas sont des belles de nuit.

D'astre ou de lampe ouvrant ses jaunes yeux, L'heure s'avance : amour va devant elle… Et Curnonski les suit, son cœur joyeux D'avance en proie à la tendre grattelle :

« Le Beauséant ! Jure-t-il : Ô déduit … » Pourquoi, n'objecte : « Et Vénus, que fit-elle ? » La nuit, Vénus est d'assiette mortelle : Les Curnonskas sont des belles de nuit.

Prince, fermons. Rien ne sert contre lui, L'or, ni les chants, et la même mistelle ; Ni d'espérer, profane clientèle, Des Curnonskas sonder les belles nuits.

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