Salut, ô vent du Nord, messager des lointaines landes, Invisible oiseau dont le vol ébranle la terre et la mer. Raconte encore à mon cœur les tristes, les vagues légendes Qu'enfant j'écoutais déjà, frissonnant près du feu, l'hiver.
Au parc déserté j'écoute, et je guette tes pas ; mais rien : Des enfants qui jouent et quelques vieillards à la marche incertaine. Tu jaillis, Faustine : l'alarme s'envole et l'ennui, soudain. Telle à la soif du traitant reluit de loin la fontaine.
Si longtemps souhaiter, cette nuit ma chose, et nue dans mes bras, Vois-tu le soleil déjà, et l'ennui qui se lèvent ? O grappe aux grains frais que ma bouche humide rêva, Souple corps dont mon cœur eut désir, dont mon cœur se soulève.
Des philtres subtils résident au fond de toi ; Ta voix monotone et rauque est plus fraîche à l'oreille Qu'un ruisseau d'été qu'on entend à travers le bois ; Et ta dure mamelle m'enivre, aux coupes pareilles.
Chaque jour je promets de bannir tes yeux, Faustine, et tes lèvres : Mais la nuit, qui ranime en secret la mémoire des morts, Sur mon lit suspend ton image et ranime l'antique fièvre. Dans la nuit du tombeau viendras-tu me hanter encor ?
Voici que l'été se meurt, les feuillages, les âcres cigales ; Ton amour est plus loin que la lune pleurée des chiens ; Et, seul, j'écoute les heures meurtrir de leurs plantes égales Le sol de mon âme hantée, où ton spectre revient.
Pourquoi si plein de langueur, de tristesse et de lassitude ? On dirait que tu sais tant de choses, ô vent du Nord, Que nul ne rêva, des secrets de limbe et de solitude : On dirait que tu vas nous les dire, ô vent du Nord.
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