Ce n'était qu'un enfant un peu voluptueux ; Les parfums, la musique, la chair délicate des femmes Troublaient ses sens entr'ouverts, et déjà les yeux Des femmes jetaient un sort au fond de son âme.
Et c'était un jour d'été, torride et blanc. Le salon était frais et obscur, des fleurs odorantes Embaumaient sur les tables. Dans l'air se mourait frémissant Un chant étranger. Et la dame aux mains charmantes.
La dame aux blanches mains, aux yeux clairs, Se dressait, pareille au lys qui vient d'éclore, Pareille à un rare, onduleux oiseau des mers Qui se pose, et dont les ailes palpitent encore.
Du dehors le jour cru rayait les persiennes : nul bruit Que le bec du pic martelant la marche des heures, Et lui, l'enfant, son cœur fondait comme un fruit Auprès de la dame aux yeux clairs, dans la fraîche demeure.
Quatre ou cinq, nous avions résolu d'aller dans les bois désertsQuatre ou cinq, nous avions résolu d'aller dans les bois déserts Cueillir les cèpes qui sentent bon et les jaunes oronges.Cueillir les cèpes qui sentent bon et les jaunes oronges. Aline était avec nous, la brune aux tendres airs,Aline était avec nous, la brune aux tendres airs, De qui l'approche étreignait mon cœur et mouillait ma bouche.De qui l'approche étreignait mon cœur et mouillait ma bouche.
Et bientôt la fraîcheur du bois nous couvrant comme un souple manteau,Et bientôt la fraîcheur du bois nous couvrant comme un souple manteau, Nous avions oublié déjà les beaux champignons, les bruns et les jaunes.Nous avions oublié déjà les beaux champignons, les bruns et les jaunes. Interdits nous marchions, ainsi qu'on découvre un pays nouveau,Interdits nous marchions, ainsi qu'on découvre un pays nouveau, Et l'été troublant gonflait de désir nos jeunes poitrines.Et l'été troublant gonflait de désir nos jeunes poitrines.
Soudain j'entendis la voix prochaine d'Aline aux doux yeuxSoudain j'entendis la voix prochaine d'Aline aux doux yeux Qui disait : « Monsieur Paul, aidez-moi pour sauter ce fossé, je vous prieQui disait : « Monsieur Paul, aidez-moi pour sauter ce fossé, je vous prie Je la pris dans mes bras, je sentis ses seins qui battaient un peu :Je la pris dans mes bras, je sentis ses seins qui battaient un peu : Nous étions tout seuls, rougissants, tous deux dans le frais silence. ».Nous étions tout seuls, rougissants, tous deux dans le frais silence. ».
A peine chantait le ruisseau dans les joncs, fugace et secret,A peine chantait le ruisseau dans les joncs, fugace et secret, À peine au loin s'élevait le bruit cuivré des cigales.À peine au loin s'élevait le bruit cuivré des cigales. Nos pas s'étaient ralentis ; je ne sais quel obscur regretNos pas s'étaient ralentis ; je ne sais quel obscur regret Pleurait au dedans de nous, comme l'eau sous les herbes humides.Pleurait au dedans de nous, comme l'eau sous les herbes humides.
Qui dira, dans l'ombre du bois, l'odeur des fraises premières, Le goût des premiers baisers, la douceur des premiers gazons, Et le vol rapide et muet des fugaces, fugaces saisons ; Qui dira les sentiers de jadis, la fontaine aux tendres mystères ?
Fontaine, dont l'eau transparente miroite à l'insu du soleil, Inclinés vers toi nous buvions, et tes larmes trempaient nos manches ; Et les filles avaient les yeux si limpides, les joues si blanches ; Verrons-nous encore (ou jamais) des joues et des yeux pareils ?
Mais toi, tu n'as pas cessé de pleurer tes eaux cristallines, Et d'autres mains te violent, et d'autres bouches encor. Que t'importe, citerne sans âge, abreuvoir, que les fleurs d'alors, Que les fleurs de jadis soient flétries, et nos cœurs, et les lèvres d'Aline ?
S'il vous plaît de venir vers nous et les mornes campagnes. De laisser en arrière le jaune nuit des cités Pour orner ma demeure, et, docile, attiédir mes côtés. Courtisane aux belles bottines, qu'Éros accompagne :
Bien venu, le long des chemins gercés par le froid. Le bruit de vos hauts talons dans les feuilles sonores : Et ces faibles bras, que le poids des métaux lasse encore, Bienvenus à mon cou, et ces lèvres peintes pour moi.
Mais encor soyez simple, soyez une fleur sans pensée. Comme un lys couleur d'occident au verger tard-venu : Et ma couche rira d'écouter sur vos membres menus Le bruit léger de la soie par l'étreinte froissée.
Rendez-vous ce jour-là dans l'allée d'arbres verts « où personne ne va ». J'avais d'avance avertie le cocher (landau de louage, Un peu fané) : Stoppez à gauche en dehors du passage. Un prêtre seul, lisant son bréviaire, était là.
Et le quart de l'heure promise n'avait tinté pas encore Au collège voisin que sonnèrent ses pas et fleurirent ses yeux. La voiture s'était ébranlée ; déjà je tâchais de mon mieux À voiler les carreaux, maudissant ces vieux stores que nul ne restaure.
Mais toujours l'un d'eux s'envolait. De vagues passants alors Béaient le long des chemins, à voir nos lèvres unies. Cependant l'amie aux longs cils me jurait des amours infinies : « Je vous aime, sûr », disait-elle ; et certes, de tout son corps.
Et, si je n'avais pas peur de rimer des maximes banales, Je dirais que serment de femme est plus vain que neige au soleil ; Que le sage brave Circé, ses bras aux serpents pareils, Son parfum, l'hippomane même, qu'épand la folie des cavales.
Mon âme paisible était pareille autrefois A quelque ville assurée de ses murs antiques, Avec des jardins, des palais et de riches boutiques, Et de pâles pigeons qui se posent au bord des toits.
Mais après les jours de joie et de calmes fêtes La ruine est venue, les heures de peine et de pleurs ; Et la ville a connu (ainsi qu'il est dit aux gazettes) La pioche du démolisseur.
Et la pioche c'est vous qui l'avez brandie, ô funeste Faustine, aimée sur les plages et dans les bois ; Ou vous encore, étrangère prudente de gestes, Aux yeux étroits.
Vous tous encor que ravit de rêver, et la volupté Du regret, vous tous que ravit la nuance des choses qui meurent, Et ces tendres brises du sud dont frissonnent les bois dévastés Et les vieilles demeures ;
Vous tous à l'âme ambiguë qu'émeut la mémoire des sols Parfumés, foulés autrefois, et des mers aux belles colères, Et des jours enfuis, qu'aucun printemps ne ramène par vols Triangulaires ;
Voici que l’automne a rougi les forêts et sucré les fruits : Au fond du verger j’ai porté mon cœur nostalgique qui pleure, Au fond du verger frissonnant d'abeilles, où coulent sans bruit Les lourdes heures.
Et lassé, je pense à de mûres amours, à des soirs écoulés Auprès de la noble couche où le jaune étreint l'écarlate ; Tandis que fermente en nous, et parmi les raisins foulés, La savante Hécate.
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