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1919

As you like it

Paul-Jean TOULET

Le printemps aux mains parfuméesLe printemps aux mains parfumées S'efface comme le mirage,S'efface comme le mirage, Et la pluie, fille de l'ouest,Et la pluie, fille de l'ouest, Ne pleure plus sur le feuillage.Ne pleure plus sur le feuillage.

Voici l'été revenu, qui mûritVoici l'été revenu, qui mûrit Les moissons ivres de lumière.Les moissons ivres de lumière. L'arc détendu dans vos mains s'alourdit ;L'arc détendu dans vos mains s'alourdit ; Et le chevreuil, auprès des sources fraîches,Et le chevreuil, auprès des sources fraîches,

Mais demain, vieillards, c'est l'automne.Mais demain, vieillards, c'est l'automne. C'est le gibier qui tremble, et fuit sous le couvert ;C'est le gibier qui tremble, et fuit sous le couvert ; Et, près du vin nouveau qui saigne dans les tonnes,Et, près du vin nouveau qui saigne dans les tonnes, C’est le rire des vendangeusesC’est le rire des vendangeuses

Aux lèvres rouges de raisin,Aux lèvres rouges de raisin, Dont le rire raille et la course devanceDont le rire raille et la course devance Vos pas lointains.Vos pas lointains. Non, demain c'est l'hiver, et la plaine glacéeNon, demain c'est l'hiver, et la plaine glacée

D'où l'on entend crier sous la nuéeD'où l'on entend crier sous la nuée Les échassiers qui volent en triangle ;Les échassiers qui volent en triangle ; Et notre fer, qui du bois dépouilléEt notre fer, qui du bois dépouillé Fait retentir les branches…Fait retentir les branches…

… L'hiver qui lentement éveille… L'hiver qui lentement éveille Dessous le gel le grain fécond,Dessous le gel le grain fécond, Comme un autre hiver plus profondComme un autre hiver plus profond Fera lever un autre germeFera lever un autre germe

Au fond de nous.Au fond de nous. OUI, nous avons, en des jours plus heureux, Obéi la chanson des cloches Et connu des festins joyeux

Avant que d'habiter les antres ténébreux Et du désert la dangereuse approche. La jeunesse eut pour nous ses charmes Et nous avons goûté les larmes

De la pitié !De la pitié ! Hélas, où sont nos beaux dimanches, Mai verdoyant quand sous les branches La source fait taire ses pleurs ?

Où sont les jours d'hiver, où les vitres sont blanches Du givre en fleurs ? Le temps n'est plus dans ma chambre bien peinte,Le temps n'est plus dans ma chambre bien peinte, Ramassé sous ma courtepointe,Ramassé sous ma courtepointe,

Enfant peureux, d’ouïr le vent glacéEnfant peureux, d’ouïr le vent glacé Percer la cheminée éteintePercer la cheminée éteinte Et ces plaintes du Nord où la mort a passé,Et ces plaintes du Nord où la mort a passé, Et vous, nuits où la chantante pluieEt vous, nuits où la chantante pluie

Qui bat la feuille a si souvent bercéQui bat la feuille a si souvent bercé Ma mélancolie !Ma mélancolie ! VOUS dites vrai. Cet Univers n'est que spectacle ;VOUS dites vrai. Cet Univers n'est que spectacle ; Nous, des comédiensNous, des comédiens

Avec leurs entrées, leurs répliques.Avec leurs entrées, leurs répliques. Dans une pièce en sept tableaux.Dans une pièce en sept tableaux. — D'abord, l’enfant criard, bercé des femmes ;— D'abord, l’enfant criard, bercé des femmes ; Le bambin aux joues de printempsLe bambin aux joues de printemps

Qui traîne en allant à l'école,Qui traîne en allant à l'école, — L'amant soumis au bel œil de sa dame.— L'amant soumis au bel œil de sa dame. — Le soldat glorieux, pareil aux léopards,— Le soldat glorieux, pareil aux léopards, Tout hérissé de barbes et de dards.Tout hérissé de barbes et de dards.

— Le juge suit de près, dont la démarche grave— Le juge suit de près, dont la démarche grave Berce sa prudence et son lard,Berce sa prudence et son lard, — Mais déjà, sixième tableau,— Mais déjà, sixième tableau, Pantalon flotte en ses houseauxPantalon flotte en ses houseaux

Et chevrote un rôle sans gloire.Et chevrote un rôle sans gloire. — Le dénouement de cette histoire— Le dénouement de cette histoire C'est la seconde enfance en des langes nouveaux.C'est la seconde enfance en des langes nouveaux. Des pas traînants qui tâtent le tombeau,Des pas traînants qui tâtent le tombeau,

C'est un aveugle, un sourd, sans amour, sans mémoire.C'est un aveugle, un sourd, sans amour, sans mémoire. SOUS l'âpre aiguille du mélèze, Je cherche qui chante avec moi. Mais de si amoureuse voix

Que l’oiseau lui-même se taise. Qu'il vienne ici, qu'il vienne ici Loin de tout ennemi. Le mauvais temps sera tout son malaise,

L'hiver son seul souci. Du soleil et l'herbe prochaine, Près de la source aux noirs roseaux ; Le gibier du bois et des eaux,

Les fruits que la saison ramène ; Si d'autres buts tu ne poursuis, Ah, viens ici. L'hiver sera ta seule peine,

Le froid, ton seul souci. Si quelque homme, par aventure, Est assez âne, sur ma foi, De laisser ses biens et son toit.

Pour suivre la libre nature, D'être le seul qu'il n'ait souci : Il peut trouver ici Près de moi, près de moi, plus fol encor que lui.

O MEURTRIER du cerf léger, Que faut-il pour te louanger ? De son cimier veux-tu qu'on t'orne ? Va, ne crois pas être le seul

Dont la gloire au plumail se borne. De la noce jusqu'au linceul, J'en jure Hélène ou Maritorne, Tel fut ton père ou ton aïeul.

Porte donc, sans être plus morne, Époux, amant, Joyeusement, joyeusement, Chapeau de cornes … cornes… cornes…

SOUFFLE, ô vent d'hiver, Ton souffle est moins amer Que n'est l'ingratitude Et tu n'es pas si rude

Aux feuilles et aux fleurs Qu’un amour qu'on oublieQu’un amour qu'on oublie N'est cruel à nos cœurs. Pourquoi rêver à l'erreur d'un autre âge,Pourquoi rêver à l'erreur d'un autre âge,

Et réveiller tous ces riants mirages.Et réveiller tous ces riants mirages. Plaisir, amour, qui trompèrent nos cœurs ?Plaisir, amour, qui trompèrent nos cœurs ? Goûtons la paix et les voix du bocage.Goûtons la paix et les voix du bocage. Ciel d'hiver, ciel de fer,Ciel d'hiver, ciel de fer,

Tes pleurs sont moins amersTes pleurs sont moins amers Que n'est l'ingratitude ;Que n'est l'ingratitude ; Et toi plus corrosive,Et toi plus corrosive, Amitié perdueAmitié perdue

Que le gel ou le givre.Que le gel ou le givre. Pourquoi chanter encor, sous le feuillage ?Pourquoi chanter encor, sous le feuillage ? L'été aussi, ce ne fut qu'un mirage.L'été aussi, ce ne fut qu'un mirage. Comme la vie a fané notre cœurComme la vie a fané notre cœur

Novembre insulte à la fleur du bocage.Novembre insulte à la fleur du bocage. DE l'Inde jusqu'aux Grandes Indes Sur les bords du lointain Cathay, Quel objet t'égale en beauté,

Ma Rosalinde ? La fleur pendante des lianes Jette son âme au soir qui pâme à les bercer. L'œil d'un Faune furtif brille à te voir passer,

Rosalinde ou Diane. Au sein de la forêt profonde Je veux que tout ramage abonde A la chanter, et toute fleur ;

Qu'il n'y ait arbre qui ne clame La louange qu’elle réclame. Par-dessus Flore ou Blanchefleur Son charme insulte à chaque belle :

Que sont les roses auprès d'elle, Rosalinde, jardin en fleur ?

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