Aimes-tu les jours d'or dénués de mystère,
Les rayons alourdis desséchant les rameaux,
Et sous un morne ciel que jamais rien n'altère
La campagne immobile en sa robe d'émaux ?
Viens, la sombre varangue embaume et fera taire
Dans mon cœur anxieux la voix des anciens maux,
Viens, ta bouche est la source où je me désaltère
Et tes seins sont pour moi comme deux fruits gémeaux.
Aimes-tu mieux la nuit ? Sous les filaos grêles,
Où l'ombre a fait tarir le chant des tourterelles,
Des rayons filtreraient sur nous comme des pleurs.
J'aime à t'entendre dire une vieille berceuse,
Et l'heure coulerait comme une eau paresseuse
Au parfum des prochains gérofliers en fleurs.