O nuit, ô nuit livide incrustée en ma chair,
Tunique de poison qui souille et qui dévore,
Tu verses dans mon cœur, ainsi que d'une amphore,
La foudre rugissante et le sinistre éclair.
Quand je t'arracherais, d'une griffe de fer,
Avec mon dernier cri tu renaîtrais encore.
— O proue étincelante aux golfes de l'aurore,
Soleil rafraîchissant, que tu me serais cher ! —
Mais tout espoir est vain de cette aube divine,
Et pour que la lumière inondât ma poitrine,
Comme Hercule il faudrait, trompé du même amour,
Éteindre au même feu l'irritante morsure,
Et , prenant des sommets la route la plus sûre,
De mon corps embrasé faire surgir le jour.