Trois jours de ses beaux yeux j'ai vu la fleur vivante
Éclore à mon regard, croître, s'épanouir,
Passer toute splendeur terrestre, et devenir
Un nouvel univers en sa clarté mouvante.
Ne savais-tu donc pas que naître c'est mourir,
Que de l'amour la haine est fidèle suivante,
Incomparable fleur de joie et d'épouvante,
Lueur verdâtre et fauve où s'irise un saphir ?
Le sublime Orion, gloire du ciel nocturne,
Et celui dont le bras épanche de son urne
Le fleuve éblouissant des flammes de l'été,
Ces astres tout divins, leurs feux peuvent s'éteindre,
Mais, ô beaux yeux, pour vous faut-il oser le craindre,
Si vous tenez de moi votre immortalité ?