Skip to content
1887

SOLITUDE

Raymond TAILHÈDE

Et voilà que tes yeux profonds se sont fermés. Mais ton âme où vivaient les sages d'Hellénie Garde toujours dans une éternelle harmonie Les poètes pareils à des dieux bien-aimés.

Vision immobile et pourtant si rapide De cette chambre au bord du fleuve. O souvenir Du soleil éclatant dans le matin limpide ! Je sens la peur de ces heures gui vont venir !

Nous sommes entourés pendant les nuits tremblantes De silences aigus et de blancheurs d'effrois, Toi les yeux agrandis et les prunelles lentes, Moi tressaillant au rêve éloigné de ta voix.

L'angoisse de la mort prochaine est comme un songe Où le délire a mis de subites clartés : Tu vois venir sur la lumière qui s'allonge Tant d'autres jours muets, obscurs, épouvantés !

Toute la vie expire à travers ma pensée • Devant les longs regards de tes grandes douleurs ; La révélation du mystère des pleurs Retient une douceur d'espérance effacée.

Le silence des yeux s'anime alors de jour Et de la peur de voir les formes disparaître : Tu sentis tout cela soudain et que peut-être Tu mourais pour avoir ressuscité l'Amour.

Mais au cri de mon nom sur tes lèvres puissantes Quel effroi prophétique a rempli de terreur Ton esprit agité par des choses vivantes, Et combien de regrets s'arrêtent dans ton cœur !

Pleure, toi qui connais la tristesse infinie ! Dans la gloire du rêve à jamais disparu Je suis venu vers toi comme tu l'as voulu, Je me suis étendu sur ton lit d'agonie.

Et je comprends auprès de toi, sur tes linceuls, Qu'autour de nous la vie humaine se recule, Et que tous deux, mort et vivant, nous sommes seuls Dans ce dernier isolement du crépuscule.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
SOLITUDE · Raymond TAILHÈDE · Poetry Cove