A peine l'arc doré se courbe Aux mains rapides d'Apollon, A peine est tracé le sillon Qui de la plus obscure tourbe
Va tirer cet éclat vermeil Dont se colore le réveil Des eaux, des prés, des bois, des villes, A peine as-tu fait, ô Soleil,
La mer brillante de ses îles, Que sur les cimes nous venons, Anxieuses de ton image, Nous, de qui le sceptre en partage
A l'empire des flots sans noms, Filles de l'Océan, du père Nourricier de toute la terre, Gardien prudent de tels secrets
Qu'il n'en ouvre encor le mystère Qu'aux voix nocturnes des forêts. Mais tandis qu'au repos il cède, Sur ses lèvres volent souvent
Quelques mots dans le fil du vent Oui vont se perdre sans remède, Et parfois nous l'avons surpris, Au fond reculé d'un pourpris,
Attentives à ces merveilles : Rien de grand reste-t-il au prix De ce qu'entendaient nos oreilles ? Nous allons au-devant du jour…
Si les choses longtemps celées Doivent bien être révélées, Elles renferment tant d'amour, De tant de rayons enflammées,
Qu'auprès d'elles ce sont fumées L'éther et l'azur irréel : Seul Phébus a les mains armées De la claire splendeur du ciel.
Des quatre chevaux la crinière Déployée au vaste horizon Semble flotter sur Phaéthon Tant il en jaillit de lumière !
Se trouve-t-il donc aujourd'hui Quelqu'un qui, plus hardi que lui, Refrénant leurs dents indomptées, Vers des régions les conduit
Que jamais ils n'avaient tentées, Qui, d'un pas jadis inégal, A soumis au Nombre leur course, Et qui les abreuve à la source
De l'autre aérien cheval, Et, luisants des ondes du Phase, Leur donne à fouler le Caucase Dont les glaces, à leurs sabots,
Sous la corne qui les embrase, Brûlent comme autant de flambeaux ? Tel, parfois, le soir illumine La crête des monts orageux,
Et l'on voit répondre à ces feux Une torche sur la colline : L'éblouissement d'un bûcher Étincelle à chaque rocher,
Astres arrachés de la nue, Qui dans les rêves du nocher Plongent leur lueur inconnue…
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