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1887

PRÉSAGE

Raymond TAILHÈDE

Saisissant maintenant la lyre qui rayonne A mon bras parfumé de fleurs, Et montant sur le char des neuf Muses, mes sœurs, Qu'un éclair rapide environne,

Je veux plus que l'Amour admirer la Beauté Pareille à la mer blanchissante, Comme elle redoutable, implorée et puissante, Et fleur de la félicité !

Muses, honneur thébain, vous m'avez fait entendre Une voix favorable à ma témérité, Présage de la gloire où je saurai prétendre : « Élève au-dessus des monts le luth cynthien

Que le couchant d'été retenait dans ses brises, Et tu célébreras d'illustres entreprises, Car un plus grand labeur ne vaudra pas le tien. Adolescent vanté, nourri par les abeilles,

Familier du faune aux doubles cornes d'or, Fréquente les sommets où Delphes s'ouvre encor, De splendeur indicible illuminant tes veilles. Aux pauvres yeux mortels tout demeure caché :

Ton cœur mieux qu'un regard pénétrera les causes, Quand tu verras jaillir du mystère des choses La face éblouissante apparue à Psyché… »

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