Skip to content
1887

POUR LA COURONNE

Raymond TAILHÈDE

Il le faut, je te prie, ô Silence, dénoue Ce lien d'une année à mon carquois mêlé, Que d'un accent plus fort j'aille gonflant ma joue Et que le but soit prompt où ma flèche a volé.

Prophétique au parlant feuillage de Dodone Qu'agite un dieu muet sur les chênes vermeils, O Silence, à présent, que la corde résonne D'une lyre et d'un arc en leurs travaux pareils.

Je dirai le laurier chéri des Piérides, Afin que, par mes vœux, Clio n'ayant ouvert pour moi des bois arides, J'en courbe à tes cheveux ;

Que je t'honore enfin, célébrant la Victoire, Puisque tu n'as laissé Rien de grand qui ne fût, dans l'humaine mémoire, Par tes vers dépassé.

D'un cœur athénien et d'un français courage, Moréas, ne vas-tu, Des sots te retirant, lever en ton ouvrage Ce Ronsard abattu,

Ce Vendômois, orgueil des Princes et le nôtre, Qui prit dedans sa main La lyre et le laurier en rendant l'un et l'autre A l'éclatant Thébain !

Comme l'Égidien je ne sens la puissance Bruissante ma voix Qu'à louer les héros ou qui par la science S'égalerait aux rois.

Comme envers lui Ronsard je ne veux autre peine Que d'aller moissonner La tige au droit surgeon de l'onde riveraine, Et que t'en couronner.

Si vraiment des neuf sœurs j'ai reçu cette audace, Y saurais-je mentir ? Et nul ne me verra, quelques vers que je fasse Encore retentir,

A d'autres réserver ce glorieux trophée, Brillant, et, tel qu'un dieu, Fait d'immortalité, moi qui du sang d'Orphée Ai bu le même feu !

Du Plessys, qu'à sa course un frère de Diane Bien reconnaîtrait-on, Encor qu'il ait dressé la torche amycléane Si haut au double mont,

Et que forçant la Nuit de la flamme jumelle Étendre la clarté, N'aura pas l'Hélicon et sa feuille nouvelle Tout entier dévasté ;

La barre de la mer, levée aux vents contraires, Ne m'aura point jeté Trop longtemps loin du bord des sources salutaires Par Pégase heurté,

Si je mêle aux rameaux dont l'illustre origine Se vante d'Apollon, Celui qui va tirant au suc de sa racine La cendre d'Ilion.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
POUR LA COURONNE · Raymond TAILHÈDE · Poetry Cove