Un matin de printemps, plein de vives clartés,
Étant le Syrien aux blondes boucles molles,
J'entrai dans la Cité, maîtresse des cités.
Par la route fleurie aux mille banderoles,
Mes soldats apportaient des vases précieux
Et des trésors trouvés au fond des nécropoles.
Puis venait un essaim de garçons gracieux,
Jetant à pleines mains des lys, des hyacinthes,
Et dont le jeune amour enflammait les beaux yeux.
On voyait sur des chars les images très saintes
Des dieux que Ton révère et dont on craint les noms,
Graves ou bienveillants sous leurs figures peintes.
On entendait au loin le son des tympanons,
Les chants accompagnant sur des airs de cithares
Les danseurs réunis en multiples chaînons.
Sur des sables d'azur et d'or les parfums rares
Tournoyaient dans les larges coupes, lentement,
Endormeurs comme les douceurs des fleurs barbares.
Bercé par la langueur de cet enivrement,
Je m'avançais drapé de pourpre orientale,
Ainsi qu'une maîtresse allant vers son amant.
Devant ma grâce et ma jeunesse virginale,
D'un cri d'amour qu'un cri de victoire interrompt,
Rome entière acclamait la marche triomphale.
Par l'étrange splendeur des perles de mon front,
Par l'éblouissement de ma poitrine nue,
Ma gloire surpassait la gloire de Néron ;
Et j'étais le Soleil, descendu de la nue !