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1887

DISCOURS

Raymond TAILHÈDE

Je veux, ô Desrousseaux, façonner un lien, Qui, pressant votre front savant accorde bien, (De ce double rameau couronne sombre et vive) Avec l'âpre laurier la mielleuse olive.

Je le dois à la Muse autant qu'à l'amitié, Et le Ciel a tracé mon ouvrage à moitié. Vous voyez, Desrousseaux, tandis que je les cueille, Tous les arbres sacrés pencher vers moi leur feuille,

Mes mains les enchaîner d'impérissables nœuds, Et je tarderais donc à fleurir vos cheveux ? Dans l'antre du passé qui sert d'asile au sage, Vous avez dès longtemps tourné votre visage,

Vous remontez le Styx, vous en suivez le cours ; Les campagnes d'Élyse ont éclairé vos jours, Devant que le tombeau vous en assure l'hôte : La Parque n'a cédé cette faveur si haute

Qu'à bien peu seulement ; il vous était permis D'y réveiller des morts mille fois endormis, De chaque illustre esprit de faire votre maître, Enfin de les aimer en les sachant connaître.

Ainsi, comme les dons reçus des Immortels Sont vers eux retournés au feu de leurs autels, Ainsi, premièrement que mon maître eut .la lyre Sonnée, en son honneur les cordes je fis bruire.

Et je n'estime pas d'avoir eu le cœur bas Ni servile l'esprit de chanter Moréas : L'admirer et le suivre et confondre la tourbe C'est attacher la gloire au laurier que je courbe,

C'est détester enfin l'obscure vanité Des hommes étrangers à la divinité ; Et de moi, Desrousseaux, rien en vous ne diffère Vous aimez Moréas et fuyez le vulgaire…

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