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1887

CHANT DE VICTOIRE

Raymond TAILHÈDE

Victoire aux ailes d'or ! Victoire ! Nouveau soleil prodigieux En qui mon esprit voulait croire Avant qu'il éblouît mes yeux,

Te voilà donc, ô Magnifique ! Vivante, vraie et véridique, Telle qu'en un temps héroïque Tu te montrais à nos aïeux !

Victoire ! tu n'es pas Bellone ; Tu n'as point d'armes dans tes mains, Mais de verts lauriers en couronne, Gage des heureux lendemains ;

Des profondeurs du ciel venue, Immortelle, tu fends la nue Le front libre et la gorge nue, Joie ineffable des humains !

Ta tunique en ses plis mouvante, Victoire ! ne recèle pas Une autre moisson d'épouvante, D'autres périls, d'autres combats ;

Car sur la terre où tu te poses D'éternelles fleurs sont écloses ; Et le sang de toutes les roses Seul a ruisselé sous tes pas.

Ah ! puisse l'homme te comprendre Quand, la Discorde ayant jeté Son dernier brandon dans la cendre, Ce n'est pas d'un ongle irrité

Que tu traceras, douce et fière, Ces mots, sur l'armure guerrière, En caractères de lumière : « FRATERNITÉ ! FRATERNITÉ ! »

L'homme puisse-t-il, ô Victoire ! Ne plus haïr, ne plus trahir A tes lèvres qu'il vienne boire L'Amour, ce dieu de l'avenir !

Puisque aimer de la mort délivre, Que de ton baiser il s'enivre ! Apprends-lui maintenant à vivre, Lui qui savait si bien mourir !

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