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1887

APPARITION

Raymond TAILHÈDE

Je venais du mystère et des palais antiques, Drapé dans le manteau rouge des empereurs ; A l'horizon je secouais de mes fureurs L'océan boréal et les mers atlantiques.

J'avançais devant la face des continents Vers la horde arrogante et fourbe des barbares. Mon apparition fit taire leurs fanfares, Le silence arrêta le vol des quatre vents.

L'esprit des foules qui bavarde et qui ricane Me dit : « Sanglant banni des royaumes éteints, Qui semblais autrefois la rose des matins, Tu pâlis maintenant comme une fleur se fane.

Tu n'as pas achevé tes rêves insensés, Tes esclaves sont morts, tes prêtres, tes ministres, Tes temples sont tombés dans des lueurs sinistres, Ta mémoire et ton nom sont partout effacés.

Si tu viens parmi nous, nous troublerons tes fêtes, Et nous rirons de tes chansons, car nous aurons Dans les mains une épée et le casque à nos fronts : Nous vengerons sur toi nos peurs et nos défaites. »

Roi ! je le suis toujours ; je suis toujours cruel ! Contre vous j'armerai la beauté de vos femmes, Et pour que le désir épouvante les âmes, Vos fils seront marqués de ce signe immortel.

Lorsque dans mes palais enveloppés de gloires Une fête chantait à la moisson des fleurs, Vous avez élevé le cri de vos douleurs Hors de l'ombre où planait l'effroi de mes victoires.

Mais moi, le Rédempteur qui vins avant le Jour, Moi, de qui le nom même était de la lumière, J'ai gardé dans mes yeux la splendeur meurtrière, Car j'étais votre Dieu, Peuples : je suis l'Amour !

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