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1891

Sonnet

Laurent TAILHADE

Comme un moine amoureux de la sainte qu'il prie, Je t'ai fait un autel en mon cœur attristé, Où, parmi les encens, resplendit ta beauté, Sous un dais de lampas chargé d'orfèvrerie.

Madone ! j'ai cueilli les fleurs de mon été, Lis fauves du désir, roses d'idolâtrie Et leur haleine fugitive se marie Aux stériles parfums de ta virginité.

Ainsi ton front nimbé de flammes et de gloires, Ainsi tes yeux stellés d'escarboucles et d'or Resplendissent, pareils aux gemmes des ciboires. L'orgue éploré dans la chapelle vibre encor,

Et, pieusement, vers tes paupières baissées Montent le pur Amour et les bonnes Pensées.

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Sonnet · Laurent TAILHADE · Poetry Cove