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1891

Orante

Laurent TAILHADE

Fête-Dieu ! rêves blancs pavoisés d'églantines ! J'ai choisi, pour l'aimer d'une amour enfantine, Sur l'icône enfumé peint aux quatre couleurs, Un barbare portrait de sainte byzantine.

Cécile ou Philothée ou Julienne. Leurs Doux noms conjoints par la tendresse des ménées, Rayonnent, lis égaux sur un autel en fleurs. Afin que soient les âmes tristes pardonnées,

La Sainte, aux yeux plus purs que l'onde et que le soir, Croise dévotement ses mains prédestinées, Ses belles mains qui n'ont touché que l'encensoir Et l'unique froment réservé pour l'hostie,

Et les nappes de lin où l'Agneau vient s'asseoir. Limpide, avec l'immarcessible eucharistie Du pâle front auréolé de cuivre bleu, Sa chair porte le scel de la gloire impartie.

Ainsi dans la vapeur des baumes, et le jeu Des orgues, et le chant des vieux antiphonaires, Elle écoute l'appel ineffable d'un dieu. Et l'orgue déroulant sa plainte et ses tonnerres

La caresse de mots énamourés ; le chœur Des hymnodes lui dit les proses centenaires. Car son âme ingénue et forte, son doux cœur De neige, comme un vol béni de tourterelles,

Ont fui ce monde impur où le Deuil est vainqueur. Lieu de péché ! lieu de remords ! lieu de querelles ! Du plus haut ciel le Fils unique est descendu (Les anges accordaient leurs voix hautes et grêles) :

Et, cueillant ce trésor pour le siècle perdu, Rose mystique, fleur de l'humaine vallée, Le Fiancé, l'Amant sans relâche attendu A couvert d'un baiser sa lèvre inviolée.

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