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1891

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Laurent TAILHADE

Repose-toi, mon cœur, après la tâche faite Et, sachant les douleurs dont tu voulus mourir, Goûte le miel d'après-midi que va t'offrir Celle de qui les yeux sont ta dernière fête.

Repais-toi de l'or clair où dorment ses cheveux Et de sa voix où chante une lyre suprême ; Voici l'amour et le pardon ! Reçois le chrême Pacifiant de ses angéliques aveux.

Que t'importe l'orgueil saignant par vingt blessures Et hurlant comme un loup tombé sous les épieux, Si tu la vois enfin, l'amante aux bras pieux T'offrant le renouveau de ses tendresses sûres !

Que t'importe l'hiver, sinistre compagnon De la tristesse indéfectible qui te navre ! N'est-elle pas la verte Atlantide et le havre Où tu reconnaîtras le pays de Mignon ?

Les passions et les dégoûts mènent leurs courses. Que t'importe, mon cœur, ce banal évohé ! Tu sais qu'elle est pareille aux fonts de Siloë Qui changeaient en douceur l'amertume des sources.

Tu sais qu'elle a gardé l'inaltérable espoir De ta jeunesse, et sa ferveur, et qu'autour d'elle S'épanouit l'éclat d'un automne fidèle Et nage le parfum alangui d'un beau soir.

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