Skip to content
1891

Intimité

Laurent TAILHADE

Or Marpha Bableuska trônait en robe verte. — C’était bien peu de temps après la découverte Du téléphone et des pastilles Géraudel. — La Marpha paraissait un sujet de bordel.

Ce néanmoins, et faisant trêve à leurs tapages, Les pessimistes et les rimailleurs — quels pages ! Ornaient ses vendredis tumultueusement. Et Marpha qui goûtait des monceaux d’agrément

Popinait au « Bas-Rhin » — luxe cardinalice ! Elle dormait sous des tapis de haute lice Et le michet — qu’il fût Falstaff ou bien Hotspur, Trouvait, sous sa toilette, un bidet d’argent pur.

On la payait trois francs, jusques à quatre même. Pour un tel prix, Fanchon qui d’aventure m’aime Fréquenterait avec le plus obscène juif. Les bottes de la dame étaient pleines de suif

Et le beurre inondait ses épinards. On dit que, Pour les reins affaiblis du magistrat sadique Et le contentement des chanoines pansus,

Tels flagellants secrets par ses mains étaient sus. Le pianiste Saut-du-Toit, que chacun gifle, Pour l’amour d’elle eût assumé quelque mornifle, Nonobstant les garçons du café Roy ; Baju,

Le stupide Baju qui dit : « Jé, Ji, Jo, Ju », Cet Anatole (si Baju !) que l’on encense, Tripudiait, affolé de concupiscence Quand elle éructait sur un chaudron de Gaveau.

C’est pourquoi j’écris l’ Art d’accommoder le Veau.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
Intimité · Laurent TAILHADE · Poetry Cove