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1891

Hortus conclusus

Laurent TAILHADE

Vierge, vous rayonnez comme une aube irrorée, Sous la molle clarté des lampes de vermeil, Et, vous enveloppant de leur onde dorée, Vos longs cheveux vous font un manteau de soleil.

Tel qu'un parfum de myrrhe autour d'un sanctuaire, De vos blanches beautés jaillit un charme amer Et sur les cœurs meurtris, comme un électuaire, Vous posez la douceur de vos yeux d'outremer.

De l'oliban gardé pour les Noces mystiques, Du cinname épandu sur d'ineffables lits, Du nard dont s'enivrait l'Épouse des Cantiques, Flottent sur votre front les baumes affaiblis.

Loin des transports menteurs dont l'ivresse nous fraude, Vous surgissez au fond des cieux resplendissants, Parmi les ostensoirs incrustés d'émeraude Et les cierges pascals tachés de grains d'encens.

Sous le brocart rigide et lourd de pierreries, Vos bras pour la prière entr'ouverts lentement, Dans le cadre léger des ogives fleuries, Se tendent en un geste indécis et charmant.

Et, calme, en attendant le dieu promis, sans trêve, Morte pour le désir avant d'avoir aimé, Sur les vitraux dorés vous lisez votre rêve Et votre cœur s'endort comme un jardin fermé.

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