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1899

FOIRE AUX JAMBONS

Laurent TAILHADE

Ma mignonne, voici l’avril ! Un air plus doux Où flotte l’âme populaire du saindoux Et des frites, ce soir, invite aux indécences Les troubades sortis avec leurs connaissances.

Les boutiquiers ventrus, aux blairs de tamanoir. En famille, ont empli le boulevard Lenoir. Ils gagnent, essoufflés, la barrière du Trône Et les lutteurs forains sont tous en maillot jaune !

Viens ! nous allons humer des glaces à deux sous, Dédaignant le concert arabe, où les dessous Précaires des oulets-naïls sentent le rance. — Comme il est pur le ciel de notre belle France !

Viens ! nous irons tous deux, fidèles au drapeau. Complimenter l’ « homme de bronze » dont la peau Fait voir l’airain si cher à Monsieur Déroulède. Le sabre, le fusil, la dague de Tolède

Figurent, à son poing aimé des caporaux, Les croûtes de Neuville et celles de Morot. Nous prendrons notre part de ces plaisirs austères (Trois sols pour les pékins, deux pour les militaires)

Et notre cœur où Jeanne d’Arc revit encor Magnifiera Boisdeffre avec l’État-Major. Nous déambulerons parmi les odeurs grasses, — Tes bottines à huit francs cinquante, un peu lasses —

Jusqu’à l’heure où, la main dans la main, et suçant Les berlingots, dont le parfum est innocent, Nous gagnerons, vers la place de la Bastille, Les tirs aux macarons, luisants de canetille

Et l’échoppe où l’on voit, telle que nos guerriers, Une hure de porc ceinte de verts lauriers.

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