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1891

Ballade

Laurent TAILHADE

Du noble avril musqué de lilas blancs Hardeaux paillards ne chôment la nuitée. Mâle braguette et robustes élans Gardent au bois pucelle amignottée.

Jouvence étreint Mnazile à Galathée. Un doux combat pâme sur les coussins Ton flanc menu, Bérengère, et tes seins Jusques au temps que vendange soit meure.

Or, en ces jours lugubres et malsains, Amour s’enfuit, mais Vérole demeure. L’embasicœte aux harnais trop collants Cherche, par les carrefours, sa pâtée,

— Nourris, Vénus, les mornes icoglans ! — Ce pendant que matrulle Dosithée Ouvre aux cafards la porte assermentée. Las ! nonobstant baudruches et vaccins,

Durable ennui croît des plaisirs succincts. Aux bords du Guadalquivir et de l’Eure, Il faut prendre conseil des médecins : Amour s’enfuit, mais Vérole demeure.

Maint prurigo végète sur vos flancs, L’humeur peccante a votre chair gâtée, Jeune héros des entretiens brûlants ! Que l’hydrargyre et l’iode en potée

Lavent ce don cruel d’Épiméthée, Robe par lui chez les dieux assassins. Vivez encor pour tels joyeux larcins ! Et Priapus vous gard’ de la male heure.

De Bableuska, des lopes, des roussins : Amour s’enfuit, mais Vérole demeure. Prince d’amour que fêtent les buccins, Imitez la continence des Saints,

Mousse d’Or, et gravez la chantepleure De Valentine au trescheur de vos seings ; Amour s’enfuit, mais Vérole demeure.

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