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1899

BALLADE

Laurent TAILHADE

Tigres ailés, feu mâchant par la bouche, Licorne bleue aux ongles smaragdins, Cocquecigrue, alérion farouche, Hircocerf plus rapide que les daims,

Ils ont vaincu les animaux soudains : Aspics, zébus aux flancs tachés de rouille, L’aigle de mer avec les agamis. De plus, ils sont très bons pêche-grenouille,

Portant sur eux tous les gris-gris, hormis Le rameau d’or qui dissipe la Trouille. En faveur du galon prenant la mouche, Dans les cafés nocturnes, ces édens,

Ils vengent leur patrie, ou bien font souche, Entre les draps impayés des catins. « À bas Dreyfus ! À bas Zola ! » Gandins Sortis de chez les Bons Pères, arsouilles

Qu’ont les bahuts les moins doctes vomis, En eux Sottise impudente bafouille : Mais à leurs mains aucun dieu n’a commis Le rameau d’or qui dissipe la Trouille.

Pour Deschanel, grand maître ès fausse couche, De la Sorbonne ils ornent les gradins. Monsieur Barrès leur apprend comme on louche, Pour éclipser calicots et mondains,

L’air cacatoire et la gigue en boudins. Leur Président se bat parfois, mais souille Les caleçons quadruples qu’il a mis Et, dans la rue, où leur cohorte grouille,

Nul ne présente aux électeurs soumis Le rameau d’or qui dissipe la Trouille. Maître-valet, souteneur, niguedouille, Accueille-les ! Ce sont bien tes amis.

Que chez Vervoort le troupeau soit admis. Lâches, braillards, et tôt sonnant la gouille, Qu’à leur crapule, un jour tout soit permis, Fors le rameau qui dissipe la Trouille.

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