Skip to content
1875

LA VOLUPTÉ

René-François SULLY PRUDHOMME

Deux êtres asservis par le désir vainqueur, Le sont jusqu'à la mort, la Volupté les lie. Parfois, lasse un moment, la geôlière s'oublie, Et leur chaîne les serre avec moins de rigueur.

Aussitôt, se dressant tout chargés de langueur, Ces pâles malheureux sentent leur infamie ; Chacun secoue alors cette chaîne ennemie, Pour la briser lui-même ou s'arracher le cœur.

Ils vont rompre l'acier du nœud qui les torture, Mais Elle, au bruit d'anneaux qu'éveille la rupture, Entr'ouvre ses longs yeux où nage un deuil puissant, Elle a fait de ses bras leur tombe ardente et molle :

En silence attiré, le couple y redescend, Et l'éphémère essaim des repentirs s'envole…

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.