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1875

L'ÉPOUSÉE

René-François SULLY PRUDHOMME

Elle est fragile à caresser, L'Épousée au front diaphane, Lis pur qu'un rien ternit et fane, Lis tendre qu'un rien peut froisser,

Que nul homme ne peut presser, Sans remords, sur son cœur profane. La main digne de l'approcher N'est pas la main rude qui brise

L'innocence qu'elle a surprise Et se fait jeu d'effaroucher, Mais la main qui semble toucher Au blanc voile comme une brise ;

La lèvre qui la doit baiser N'est pas la lèvre véhémente, Effroi d'une novice amante Qui veut le respect pour oser,

Mais celle qui se vient poser Comme une ombre d'abeille errante. Et les bras faits pour l'embrasser, Ne sont pas les bras dont l'étreinte

Laisse une impérieuse empreinte Au corps qu'ils aiment à lasser, Mais ceux qui savent l'enlacer Comme une onde où l'on dort sans crainte.

L'hymen doit la discipliner Sans lire sur son front un blâme, Et les prémices qu'il réclame Les faire à son cœur deviner :

Elle est fleur, il doit l'incliner, La chérir sans lui troubler l'âme.

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