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1875

AUX TUILERIES

René-François SULLY PRUDHOMME

Tu les feras pleurer, enfant belle et chérie, Tous ces bambins, hommes futurs, Qui plus tard suspendront leur jeune rêverie Aux cils câlins de tes yeux purs.

Ils aiment de ta voix la roulade sonore, Mais plus tard ils sentiront mieux Ce qu'ils peuvent à peine y discerner encore, Le timbre au charme impérieux ;

Ils touchent, sans jamais en sentir de brûlure, Tes boucles pleines de rayons, Dont l'or fait ressembler ta fauve chevelure À celle des petits lions.

Ils ne devinent pas, aux jeux où tu te mêles, Qu'en leur jetant au cou tes bras, Rieuse, indifférente, et douce, tu décèles Tout le mal que tu leur feras.

Tu t'exerces déjà, quand tu crois que tu joues En leur abandonnant ton front ; Tes lèvres ont déjà, plus faites que tes joues, La grâce dont ils souffriront.

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