Tes yeux ont des langueurs divines où s'émousse
Le désir immortel dont je suis consumé.
Oubliant l'âpre ardeur dont jadis je t'aimai,
Ma tendresse pour toi se fait sereine et douce.
Le flot est moins amer qui sur tes pas me pousse ;
C'est à tes pieds qu'il meurt impuissant et pâmé,
Et j'y voudrais coucher mon amour désarmé
Comme un vivant lapis dont Mai fleurit la mousse.
Mais, pour se moins trahir, il n'est que plus profond
Le mal délicieux que tes regards me font
Quand leur charme mourant me trouble et me pénètre.
Plus je me sens vaincu, mieux je me sens à toi,
Plus sur mon front dompté je sens peser la loi
Qui fit mon être obscur l'esclave de ton Être !