Comme un cygne blessé monte d'un vol plus lent
Traînant un point de pourpre aux blancheurs de sa plume,
Le jour d'hiver se lève, et, sur son flanc s'allume
Un soleil sans rayon fait comme un trou sanglant.
En vain, pour l'égarer dans son chemin troublant,
Les gloires du zénith s'enveloppent de brume ;
Comme au toucher des flots un fer rouge qui fume
Dans l'océan des cieux il s'enfonce brûlant.
Le feu de son désir le consumant sans trêve,
Découronné du monde immortel de son Rêve,
A l'astre incandescent mon cœur triste est pareil.
Vers la cime farouche où la Beauté recule
Il tend, perdu dans les pâleurs d'un crépuscule,
Douloureux et saignant sur son chemin vermeil.