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1882

XXII

Armand SILVESTRE

Comme au jardin maudit dont la pluie et le vent Ont dispersé les fleurs au sable des allées, Mon cœur, plein des débris des choses envolées, N'a gardé du passé qu'un souvenir vivant.

Il est là comme un lys superbe s'élevant Parmi les lilas morts et les herbes foulées, Dernier astre des nuits naguère constellées, Dernier lambeau du Rêve autrefois triomphant.

Au profond de mon être a plongé sa racine ; Qui veut l'en arracher doit briser ma poitrine. Bien que pâle, il est fait du meilleur de ma chair. Le souffle qui le doit faucher d'un grand coup d'aile

Ouvrant enfin les yeux à mon âme fidèle, Leur apprendra ton nom sacré, cruel et cher !

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