Le Rêve est un ami pitoyable aux amants
Qu'a trahis l'espérance et qu'a meurtris la vie.
Par lui, l'image douce à mes regards ravie
Est quelquefois rendue à mes enchantements.
Il réveille le chœur oublié des serments
Et ramène celui des heures qu'on envie,
Baignant de ses clartés Celle par nous servie,
Comme un ostensoir d'or plein de rayonnements !
Heureux qui peut goûter quelque ivresse à ce leurre.
Moi, plus désespéré, l'amour dont je te pleure
Repousse loin de moi les mensonges du ciel.
Quand ta pitié rapide à mon exil fait trêve,
Je te revois toujours plus belle que mon Rêve
Et son néant, par là, m'est rendu plus cruel !