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1870

XI

Armand SILVESTRE

À quoi bon te voiler durant que j'ai des yeux ? Rien ne m'est inconnu de ton mortel visage, Ni des splendeurs du fruit que, dans sa fleur sauvage, Le soleil a mûri pour la moisson des cieux.

De ta forme terrestre épiant le mirage Sous les dormantes eaux des bois silencieux, D'un immuable aspect j'ai conçu ton image Et dressé, sous mon front, ton corps harmonieux.

Je sais la pourpre errante aux contours de ta bouche Où mes désirs jamais ne seront apaisés ; — Mais je maudis tout bas la puissance farouche Qui m'a fait deviner la saveur des baisers,

Et suspend, sans pitié de mes ardentes fièvres, Cette vendange amère au-dessus de mes lèvres !

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