Cet amour sans espoir m'épouvante, et pourtant
C'est de lui que j'attends mes dernières ivresses.
Sur l'océan calmé des lointaines tendresses
Il brille, dans ma nuit, comme un phare éclatant.
Vers mon désir austère il se penche, apportant
Le sacrilège oubli des divines caresses,
Et, dans un rêve plein de langueurs charmeresses,
Il endort mon esprit douloureux et flottant.
C'est un poison mortel dont se nourrit ma fièvre
Et que tes yeux cruels inclinent à ma lèvre,
Brûlant comme la flamme et pur comme le miel.
Comme un lys vénéneux sous une aube éperdue,
Ta Beauté m'enveloppe, et, voilant l'étendue,
Cache à mes pieds la terre, à mes regards le ciel !