Les aveugles et les amants,
A qui la clarté fut ravie,
Vivent exilés de la vie.
Et je sais leurs divins tourments.
Ceux-là surtout dont la paupière
A connu l'Aube et la Beauté,
Dont le souvenir s'est sculpté,
Fixe, dans un rêve de pierre,
Ceux que l'immuable a faits siens,
Prisonniers de la nuit profonde,
Et dont l'âme enferme le monde
De tous leurs bonheurs anciens.
Loin d'eux l'Aube et la Bien-aimée
Réveillent des cœurs et des yeux
Et, sur des fantômes joyeux,
Versent la grâce accoutumée.
Mais leurs yeux, dont l'ombre a banni
L'image troublante des choses,
Derrière leurs paupières closes,
Se sont tournés vers l'infini
Où, pour la splendeur sidérale
Désertant le charme maudit,
L'Idole, étant dieu, resplendit
Dans une lumière idéale.