Comme, au fond des tripots, ceux que le vin délie Des vulgaires pudeurs, ils chantent tour à tour Leurs plaisirs d'une nuit et leurs peines d'un jour, Ceux dont les vains désirs font la mélancolie.
Mais celui que l'amour d'une vierge a blessé, Comme d'un baume saint recouvre de mystère Sa blessure divine, et, sous la nuit austère, Pleure tout bas le mal qui le fait insensé.
Et le remords le prend comme d'un sacrilège, D'espérer que ce corps vêtu de pureté Affronte, dans ses bras, l'aube de volupté Qui fondra ses blancheurs idéales de neige !
Il rêve cependant que, des anges suivi, Il l'emporte, endormie, au seuil d'un nouveau monde : Extatique et pareil, en son âme profonde, Aux femmes en douleur, il entrevoit, ravi,
La première lueur inondant sa prunelle, Et ses premiers sanglots d'un sourire apaisés, Et ses pieds nus encor des langes de baisers Où les enfermera sa bouche maternelle !
Car c'est un fruit vivant qu'il porte dans son cœur, L'époux chaste aux genoux d'une chaste épousée, Fruit vermeil et sanglant d'une sainte rosée, Mûri dans l'ombre, éclos sous le soleil vainqueur :
C'est tout son être, à lui, germant sous sa mamelle ; C'est l'espoir fécondé des floraisons d'amour Qui furent sa jeunesse et n'ont duré qu'un jour : C'est son âme entr'ouvrant sa ramure jumelle,
Quand, sentant que sa vie a fini de mûrir, Comme un arbre géant sur la vierge il se penche Et dit : Ève, ma sœur, soulève ta main blanche Et cueille le fruit d'or qui nous fera mourir !
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